Vers la clotûre de notre campagne

26 février 2008

Tout a commencé lorsque, ayant trouvé une bouteille sur la plage d’Ostende, il y a presque un an de cela, je me suis mise à m’interroger sur l’origine et l’histoire de celle-ci. A l’intérieur, un message : celui d’une femme originaire d’un autre pays. Le message disait ceci : « Sans votre aide, je vais être obligée d’accoucher seule, sans assistance médicale. J’ai peur de perdre mon enfant, de mourir, ou de souffrir de complications. J’ai besoin de votre aide. » Il était signée : « Léa, dans la brousse centrafricaine. »

Un véritable cri de détresse que je ne pouvais ignorer, tout comme il était impossible à Médecins Sans Frontières, en tant que témoin privilégié de la souffrance des femmes vivant dans les zones de crises ou de conflits, de ne pas alerter le monde sur la réalité quotidienne de ces patientes.
Tout aura donc commencé dans une bouteille. Tout ? Mais quoi ? Je parle, bien sûr, de la campagne lancée par MSF le 21 juin dernier : « 5 millions de femmes dans nos salles d’attente. Aussi fortes que vulnérables. » Comme une bouteille à la mer, MSF lançait un cri de détresse qui vous était adressé par toutes ces femmes, mères ou futures mères, jeunes et moins jeunes, fortes et vulnérables à la fois. L’appel lancé, il n’attendait plus que vos réponses…

MSF récolte la colère aux festivals

Et elles furent nombreuses vos réponses. Souvenez-vous, il y a d’abord eu les « Angry Faces » durant tout l’été. MSF récoltait alors votre colère lors des festivals (Dour, Couleurs Café, Les Francofolies, etc.). Colère parce que dans les régions en crise, les femmes courent plus de risques d’être confrontées à des problèmes de santé. Révolte aussi parce que les femmes sont victimes de violences sexuelles. Agacement, aussi, face à l’insuffisance de soins octroyés aux femmes compte tenu des risques liés à la maternité.
 
Women are heroes

Souvenez-vous aussi, du fameux badge « Women are Heroes » que vous avez peut-être toujours accroché sur votre veste.  Les femmes sont des héroïnes. Cela ne fait aucun doute. Et dans ce sens, notre campagne était également un hommage à toutes ces femmes courageuses. En guise de solidarité, nous vous invitions donc à porter ce badge. Et quel succès! Ce matin encore, je croisais une femme qui le portait dans le métro. Pas étonnant car quelque 2 millions de ces badges ont ainsi été distribués dans toute la Belgique.
A cet événement était lié une grande campagne de collecte de fonds lors de laquelle MSF demandait au public belge de s’engager afin de collecter les fonds nécessaires pour offrir à ces femmes un meilleur accès aux soins de santé.

Tous autour des femmes

Souvenez-vous, enfin, de toutes ces personnes qui ont participé à cette campagne et l’ont fait vivre dans la société belge pendant près d’un an:
- Sages-femmes, médecins, promotrices de santé, anthropologues, etc.: Christine Lebrun, Marie Dubois et Anne-Marie (Burundi), François Bocken (Darfour), Madame Agnès (Haïti), Pieter Van Wolvelaer, Leen Van Reusel, Berengère Leurquin (malnutrition), Marina Mancinelli (Papouasie), Lieselotte Desmarez (Niger)
- Journalistes, photographes et artistes: Tom Helsen (“All about you”), Tim Dirven (De Morgen), Céline Gautier (Elle-Belgique), Christelle Gilquin (Femmes d’aujourd’hui), Le Soir (“8 femmes”), Gaël Turine, Marise Jacobs (RTBF-radio), Stephan Vanfleteren
Mais aussi, et surtout, toutes ces femmes, qui nous ont confié leurs histoires, bouleversantes et courageuses à la fois: Maman Charlotte (Côte d’Ivoire) Tenneh (Liberia), Zoila (Pérou), Jolie (RDC), Karitas (Burundi), etc. que vous pouvez retrouver sur le mini-site: www.alaide.be

Evénement de clôture le 8 mars

Aujourd’hui, à quelques semaines de la fin de cette campagne, prévue pour le 8 mars, il est temps pour moi de clôturer ce blog, qui vous aura tenu informé des grands moments qui ont ponctué une année d’actions, d’informations et d’événements organisés par MSF afin d’attirer l’attention des médias et du grand public sur le sort des femmes dans les crises humanitaires. Ce post est donc le dernier que vous pourrez lire. Mais, loin d’être une fin en soi, l’événement qui viendra mettre un point final à cette belle aventure entend bien, une fois encore, attirer toute votre attention. A partir du 8 mars, levez les yeux si vous vous baladez dans le centre de Bruxelles. Les femmes héroïnes seront là ! Visitez aussi le site www.womenareheroes.be .

Cette campagne a connu un franc succès et ses effets positifs continuent à vivre dans nos projets. Le compte à rebours de la clôture est d’ores et déjà lancé sur notre site internet www.msf.be. auquel nous vous invitons à vous référer pour la suite des événements.
En vous remerciant pour votre soutien et pour avoir suivi cette campagne si nombreux. Rendez-vous le 8 mars.

Lire aussi l’historique de la campagne www.msf.be
 

Témoignages de Somalie

25 février 2008

MSF a travaillé de façon continue en Somalie pendant plus de 16 ans et fournit actuellement des soins médicaux dans 10 des 11 régions du pays. Pourtant, après le décès de trois de ses collègues, survenu à Kismayo en janvier dernier, MSF a décidé de retirer son personnel international du pays laissant les projets aux seules mains des plus de 800 employés nationaux. Cette tragique disparition suit de peu l’enlèvement de deux employées de MSF à Bossaso. Les deux femmes avaient été retenues captives pendant deux semaines.

En 2007, plusieurs nouveaux projets ont pourtant été ouverts en Somalie, en réponse aux conséquences médicales et humanitaires de la guerre qui sévit. Le Centre Opérationnel de Bruxelles travaille dans les provinces de Bakool et Galgaduud, offrant ainsi des soins de santé dans des zones contrôlées par différents groupes dans le contexte somalien. MSF reste ainsi déterminée à fournir une aide mais en tant qu’organisation neutre et indépendante, elle dépend de l’acceptation et la protection des communautés locales somaliennes pour effectuer son travail. Une mission qui s’avère d’autant plus nécessaire quand on sait que le pays est actuellement confronté à une phase d’urgence critique, caractérisée par une escalade de la violence, un manque global des structures de santé à cause de la guerre, un déplacement massif des populations et un besoin criant de soins médicaux. Ainsi, si MSF évacue son personnel international, les besoins restent.

Dans le cas de femmes, confrontées à des problèmes de santé et des besoins spécifiques, l’aide s’avère souvent vitale. MSF peut en témoigner. Lors d’une visite dans le pays, au mois de septembre 2007, MSF a entendu les histoires des femmes pour lesquelles le simple fait d’être enceinte, de devoir accoucher ou même de recevoir des soins adaptés à leurs besoins en tant que femmes est impossible ou, tout du moins, est un parcours très difficile.

Ce que raconte cette femme originaire de Huddur, province de Bakool, est une bonne illustration de la réalité quotidienne :

« Les femmes ont beaucoup de problèmes liés à leurs grossesses, surtout des fausses couches, des accouchements longs et difficiles, des infections… Je soupçonne que les femmes ici fassent des fausses couches parce qu’ elles abattent un travail dur, portent de l’eau et du bois. Certaines femmes restent en travail jusqu’à cinq à six jours. D’abord, nous lisons le Coran et appelons la sage-femme traditionnelle. Et puis, si ça ne l’aide pas et que les problèmes continuent, nous venons à Huddur. Dans notre famille, nous avons déjà eu deux cas de fausses couches cette année-ci. »

Parce qu’elles habitent souvent dans la brousse loin de toute assistance médicale, elles doivent parcourir des kilomètres pour bénéficier de soins. Avant de se rendre dans les structures de santé de MSF, beaucoup de femmes utilisent la médecine traditionnelle par manque de choix, en raison de l’absence presque absolue de soins de santé après 16 ans de guerre.

Malheureusement, chaque déplacement est difficile et signifie un risque de plus que les femmes somaliennes doivent prendre, comme le raconte une femme déplacée originaire de Dhusa Mareb, dans le province de Galguduud : « Ceci est le foulard de ma sœur. Vous voyez les deux trous qu’il y a dans le voile ? Ils sont tout ce qui reste du jour où on lui a tiré dessus. Elle a été touchée deux fois à l’épaule. Elle fuyait Mogadiscio et a voyagé 7 jours pour venir ici. Aujourd’hui, elle reste handicapée d’un bras et ne peut plus soulever de choses lourdes.  A Mogadiscio, elle tenait un petit magasin. Mais tout a été bombardé et détruit. »

Nombreuses sont les personnes qui ont, comme la sœur de cette femme, décidé de quitter la capitale Mogadiscio, devenue trop dangereuse, en laissant tout derrière eux. Dans la localité de Guri El, à 450 kilomètres environ au nord-ouest de la capitale Mogadiscio, où MSF soutient un hôpital, nous avons rencontré une femme qui,  elle aussi, a fui : « A Mogadiscio, les combats étaient si violents que ma fille de 5 ans vomissait et avait la diarrhée dès qu’elle entendait des tirs. (…)Mon neveu est mort à Mogadiscio. Il était conducteur et a été pris dans un échange de tirs croisés. Nous n’avons même pas pu récupérer son corps. »

A l’hôpital de Guriel, les femmes sont nombreuses à venir consulter, explique-t-elle encore : « Les femmes ont beaucoup de problèmes avec leurs grossesses parce qu’elles travaillent dur à garder le bétail et sur les marchés. Elles souffrent donc de stress, d’anémie, elles font des fausses-couches. C’est difficile de rester en bonne santé dans de telles conditions. Si une femme doit accoucher est en dehors d’une grande ville, il peut ne pas y avoir de sage-femme et dans ce cas, on la coupe avec ce qu’on trouve, pour qu’elle puisse accoucher. »

Malgré tout ce qu’elles endurent, ces femmes gardent encore l’espoir qu’un jour, elles pourront rentrer chez elles et retrouver les membres de leurs familles comme cette femme qui s’est enfuie avec sa mère, devenue mentalement malade, à cause des combats. « Je me réveille durant la nuit en pensant à Mogadiscio. Même si vous êtes loin des combats, vous continuez à penser et à vous faire du souci pour ceux qui sont restés. Comme je suis une femme seule, j’ai aussi peur durant la nuit que des voleurs viennent frapper à ma porte. Dès que la guerre sera finie, nous espérons tous pouvoir rentrer chez nous. En attendant, nous espérons que la communauté internationale est au courant de cette situation de grande détresse dans laquelle nous vivons actuellement. » 

Somalie : venir en aide aux femmes souffrant d’une fistule obstétricale

24 janvier 2008

En novembre et en décembre 2007, MSF a organisé pour la première fois en Somalie deux « camps fistule », où étaient réalisées des interventions chirurgicales de courte durée pour soigner les patientes présentant une fistule obstétricale. Le programme s’est déroulé sur deux sites : à l’hôpital MSF/MDO de Galkayo-Sud en novembre et à Kismayo en décembre. Une quarantaine de femmes ont pu en bénéficier.  

Lire la suite de cet article »

La fistule obstétricale: calvaire physique et social

11 janvier 2008

La fistule gynécologique est un orifice entre le vagin et la vessie (appelée fistule vésico-vaginale) et/ou, entre le vagin et le rectum (appelée fistule recto-vaginale). La femme souffre alors d’incontinence urinaire et/ou fécale, la laissant dans la souffrance et dans l’abandon.

Plus de 2 millions de femmes vivent avec des fistules obstétricales non traitées et on estime que chaque année entre 50.000 et 100.000 femmes développent de nouvelles fistules obstétricales. Et pourtant c’un problème ignoré par beaucoup de personnes. Les femmes porteuses de fistules vivent vraiment un calvaire social.

Pour les femmes, une fistule peut résulter en stigmatisation, isolement, dépression et même suicide. Les femmes souffrant de fistules sont, en effet, bien souvent exclues de leur famille et rejetées de leur communauté. Elles sont accusées de tous les maux. En règle générale, elles sont considérées comme responsables de leur malheur.

Ce film vous présente le problème à travers différents témoignages de femmes souffrant de fistules obstétricales mais aussi de membres du personnel soignant MSF qui traitent des cas de fistules comme ici à Ankoro, au nord du Katanga.

 

1 + 1 = 2!

4 janvier 2008

Aujourd’hui j’ai déjeuné avec Bettina, notre responsable projets, juste de retour du terrain où elle était en visite en Sierra Leone et au Liberia. Entre deux bouchées de sandwich au thon, elle m’explique qu’elle était accompagnée d’une sage-femme Veronika lorsqu’elle est arrivée à Monrovia, capitale du Liberia, qui a mis avec elle en pratique le fameux slogan ‘Women are heroes’.

“Un jour, je suis allée faire un tour avec Veronika. Quelle expérience! Alors qu’on entrait dans la maternité d’une des cliniques que MSF soutient sur place, quel ne fût pas mon étonnement de voir nos badges ‘Women are heroes’ trôner en bonne place à côté des stéthoscopes et autres instruments sur les blouses blanches de tout le personnel local. Alors, je n’ai pas pu m’empêcher de prendre l’avis de chacun quant au message. Bien sûr, tout le monde était d’accord.”

Mais la surprise ne s’arrêtait pas là. Une gorgée d’eau et Bettina attaque son dessert le sourire aux lèvres, se réjouissant à l’avance de l’histoire qu’elle va nous raconter. Elle continue: “Etant moi-même la mère de jumeaux, cela a été pour moi une expérience assez rarissime et très touchante d’assister à la naissance de deux bébés sur le terrain. Surtout quand on n’en attendait qu’un. Le premier bébé se présentait par le siège et on craignait qu’il soit trop gros vu la taille du ventre de la maman. Mais quand une petite crevette est apparue, il était clair qu’un autre enfant attendait, bien caché, son tour pour faire son apparition.

Après la naissance du deuxième, Veronika a alors demandé à la mère de pousser une dernière fois afin d’expulser le placenta. La maman était en panique se demandant si un troisième enfant allait arriver.

Après cette naissance ô combien mouvementée, une fête s’est improvisée dans la salle d’accouchement et tout le monde a crié : ‘Women are heroes’.  Un super moment! Malheureusement, je ne connais pas les prénoms de ces deux charmantes petites parce qu’au Liberia, on ne les choisit qu’une semaine après la naissance. C’est la tradition!”

Lorsque Bettina finit son histoire, un grand sourire illumine encore son visage. Les images inoubliables de cette naissance doivent encore lui revenir en tête. A moins que ce ne soit la tarte aux fraises dont elle vient de finir la dernière bouchée?

Des héroïnes en Belgique

21 décembre 2007

L’année presque terminée, je me suis dit qu’il serait bien de revenir un peu  sur les différents événements auxquels MSF a participé ces derniers mois dans le cadre de la promotion de sa campagne. Une sorte de revue de presse des “meilleurs moments”. Mine de rien, chacun a donné un coup de main pour faire circuler un maximum le fameux “Women are heroes” – dont vous avez peut-être déjà entendu parlé - dans les différentes villes de Belgique.

Personnellement, j’ai participé à une distribution de badge au paquebot Flagey, lors du Festival Voix de femmes qui se déroulait jusqu’au 15 décembre avec des étapes à Bruxelles, Anvers et Liège. Pendant 6 jours, des femmes venues d’Argentine, d’Azerbaïdjan, de Belgique, du Chili, de Colombie, d’Egypte, d’Espagne, de France, de Grèce, de Hongrie, d’Italie, d’Iran, du Liban, de Madagascar, du Mali, du Maroc, de Norvège, de Palestine, du Rwanda, de Tchétchénie et du Zimbabwe vous invitaient à chanter, danser mais aussi témoignaient de différents aspects touchant à la vie des femmes des quatre coins du monde. Une bonne occasion pour nous d’allier au plaisir un peu de sensibilisation sur l’aspect santé. Nous avons donc distribué le badge “Women are heroes” au sein du festival en expliquant aux gens pourquoi la prise en charge des femmes et de leurs besoins spécifiques constituent aujourd’hui un défi pour MSF. L’occasion aussi de me rendre compte de la grande réceptivité aussi bien des participants que des artistes.

D’autres petites distributions ont ponctué les quelques mois qui se sont écoulés: lettres à Louise, Les Contes Héroïco-Urbains au Théâtre de Poche. Et d’autres sont à venir. A liège, par exemple, en février et mai 2008, le Centre PMS libre Liège II organisera des activités dans le cadre d’une réflexion sur le thème de la violence chez les femmes en collaboration avec le Centre Culturel de Seraing qui a, par ailleurs, un projet ‘Femmes en état de guerre’ . Le Centre PMS va intégrer les badges “Women Are Heroes” et notre campagne dans leurs activités pour sensibiliser des élèves de 3e année secondaire.